Le plus grand complexe de tourbières tropicales au monde
Découvertes cartographiquement de manière précise en 2017 par une équipe internationale de chercheurs britanniques et congolais, les tourbières de la Cuvette Centrale constituent le plus grand complexe de tourbières tropicales au monde.
Il s’agit d’une immense zone de forêts marécageuses permanentes.
En raison d’une saturation constante en eau douce issue des pluies et des débordements de rivières, notamment la Likouala-aux-Herbes, la matière organique végétale ne se décompose pas. Elle s’accumule lentement pour former de la tourbe. Ce processus naturel a débuté il y a environ 10 600 ans.
Chiffres clés
– Superficie totale : 145 500 à 167 600 km² à cheval sur la République du Congo et la République Démocratique du Congo. Cela représente une zone plus vaste que l’Angleterre et le Pays de Galles réunis, soit environ un quart de la superficie de la France métropolitaine.
– Profondeur de la tourbe : épaisseur moyenne de 2 mètres, pouvant atteindre 6,5 mètres par endroits.
– Volume de carbone stocké : environ 30 milliards de tonnes de carbone (30,6 PgC).
– Équivalence mondiale : ce stock souterrain équivaut à 3 années entières d’émissions mondiales de gaz à effet de serre liées aux combustibles fossiles.
– Équivalence locale : cette zone, qui ne représente que 4% de la superficie du bassin du Congo, renferme autant de carbone que toute la biomasse aérienne de l’ensemble de la forêt tropicale africaine.
Focus : La République du Congo et la Réserve du Lac Télé
La République du Congo abrite une part majeure de ce sanctuaire écologique, principalement concentrée dans le nord-est du pays, au sein du département de la Likouala et de la Cuvette.
La Réserve Communautaire du Lac Télé, créée à la fin du XXe siècle, couvre plus de 438 000 hectares de forêts inondées et de savanes marécageuses.
À elle seule, elle piège près d’un milliard de tonnes de carbone.
Cette zone humide isolée a permis la préservation d’une biodiversité exceptionnelle, avec la plus forte densité de gorilles des plaines de l’Ouest documentée au monde, aux côtés de chimpanzés, d’éléphants de forêt et de centaines d’espèces d’oiseaux et de poissons.
Un régulateur climatique mondial sous menace : éviter la « bombe climatique »
Les tourbières fonctionnent actuellement comme un puits de carbone actif, absorbant plus de gaz à effet de serre qu’elles n’en émettent. Toutefois, leur équilibre est extrêmement fragile.
Le mécanisme de drainage : Si les tourbières venaient à être asséchées – par des hausses de température, des sécheresses prolongées ou des activités humaines comme l’agriculture ou les concessions d’hydrocarbures – l’oxygène entrerait en contact avec la tourbe. Les bactéries décomposeraient alors la matière, libérant massivement ce carbone dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4).
L’enjeu : Les scientifiques estiment que le drainage des seules tourbières de la République du Congo pourrait rejeter jusqu’à 34 milliards de tonnes de CO2 en quelques décennies.
Les dommages environnementaux mondiaux induits sont évalués théoriquement à près de 6 400 milliards de dollars, tandis que leur préservation active ne coûterait qu’une fraction de cette somme.